Blockchain, Art & Culture, un CORE talk
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De Eminem à Kevin Smith en passant par Cardi B, l’utilisation des NFTs est récemment très médiatisée, mettant en avant ce que beaucoup sont prompts à appeler une révolution : la blockchain.

Cachée derrière des termes et sigles opaques, cette nouvelle technologie pourrait bien transformer le mode de fonctionnement de nombreux domaines, notamment celui des industries créatives et culturelles.  

Mais alors de quoi s’agit-il ? Comment cela se traduit concrètement dans les pratiques professionnelles ? La blockchain va-t-elle permettre une démocratisation des arts et de la culture, est-elle créatrice de lien ou constitue-t-elle un pas de plus vers l’individualisation totale de notre société moderne ? 
Quelques éléments de réponse suite à l’intervention de Kenza Zouari, Mohamed Mnif et Shiran Ben Abderrazak. 

Qu’est-ce que la blockchain ? 

La blockchain est une technologie de base de données décentralisée, d’enregistrement et de transmission d’information transparente, sécurisée et opérant sans organe de contrôle. 

  • Traçabilité : Chaque étape de la chaîne de transmission est transparente car accessible à tous.
  • Sécurité : La base de données étant décentralisée, son piratage est largement complexifié puisqu’il implique dès lors de corrompre au minimum 50% des ordinateurs sur lesquels sont stockés les informations. 

Le système garantit ainsi la fiabilité de l’information. Les industries créatives dont les modèles économiques ont été bouleversés par les nouveaux modes de consommation pourraient trouver dans la blockchain une solution à de nombreux problèmes. 

Qu’est-ce que les NFTs ? 

Non Fungible Token – ou jeton non fongible, récemment mis en lumière par une vente aux enchères à la célèbre maison de vente Christie’s, est un objet numérique unique et indivisible. En l’appliquant à une œuvre, cela agit comme un certificat d’authenticité qui en marque l’origine et lui donne la possibilité de s’échanger sur une blockchain. Les NFTs constituent alors un élément de résolution à l’épineux problème de la propriété intellectuelle.  

La blockchain permet une nouvelle forme de contrat, le smart contract. De quoi s’agit-il ? 

Un contrat classique nécessite le recours d’un tiers pour vérifier l’exécution des termes. L’innovation du smart contract réside dans son autonomie. S’appuyant sur la blockchain, il s’exécute automatiquement dès que les conditions programmées ont été réunies. Il permet l’assurance de l’exécution du contrat dans ses termes précis et sur une durée illimitée. 

Appliqué aux artistes et créateurs, ça donne quoi ? 

Les NFTs et les smart contract simplifient, voire rendent possible des types de rémunération particuliers au secteur culturel et créatif tel que le payement des droits d’auteur ou la micro-monétisation. Ces innovations offrent de ce fait une grande indépendance aux artistes qui peuvent contrôler leurs créations jusqu’au bout en choisissant le type de vente, ses termes, le prix et la plateforme. 

Si l’artiste peut gérer seul sa création jusqu’à la vente, QUID des intermédiaires professionnels du secteur ? 

Il est vrai que le principe des NFTs est de supprimer ces intermédiaires dans l’objectif de libérer le processus pour les créateurs. Cependant, il ne tient qu’aux intermédiaires de se repositionner dans ce nouveau fonctionnement. La conversion et la gestion des NFTs est un véritable travail en lui-même et les artistes ne souhaitent ou ne peuvent pas forcément gérer tous ces aspects. Certaines plateformes ont déjà vu le jour à l’image de Nifty Gateway.  

Et justement, comment convertir une œuvre en NFT ? 

Photo, scan, conversion de fichiers : peu importe le moyen, le seul critère est de faire exister l’œuvre au format numérique et de la rendre disponible sur une plateforme. 

Il reste bien un obstacle à l’application de ces technologies en Tunisie : elles fonctionnent avec la cryptomonnaie… 

En Tunisie, il est certes difficile mais pas impossible d’obtenir de la cryptomonnaie. Le plus simple est de passer par le don en se faisant offrir de la cryptomonnaie.  

Une fois l’œuvre rendue « unique » et vendue en NFT, quelle place reste-t-il à la diffusion au grand public ? 

La vente d’une œuvre en NFT ne signifie pas qu’elle ne peut exister qu’en un seul exemplaire. Dans un premier temps, l’artiste peut choisir le nombre de copies de NFTs de sa création. Ensuite, selon le type d’œuvre et le choix de l’auteur et du producteur, des versions sans NFT peuvent être copiées de manière illimitée.   

Mais au tout numérique, quelle expérience de l’œuvre reste-t-il ? 

L’expérience des œuvres numériques est à considérer en parallèle de l’évolution des supports numériques plus largement. Imaginer assister à un concert sous un casque de réalité virtuelle ne tient aujourd’hui plus de la science-fiction. En effet, la nature numérique de l’œuvre implique nécessairement une expérience différente. Mais différent ne signifie pas de moindre valeur ou intérêt. En outre, une multitude d’expériences est rendue possible pour une même œuvre : on peut par exemple faire le choix de la conserver virtuellement ou de la matérialiser.  

Qu’en est-il de l’impact environnemental ? 

On l’a déjà entendu, le numérique pollue, les NFTs sont donc des polluants. Il existe des initiatives et alternatives qui cherchent une gestion des données à l’impact moins important. Cependant, il est aussi important de replacer cet impact dans son contexte, un contexte ou tout ou presque possède un impact environnemental, notamment le marché de l’art et des industries culturelles physique. 

Après moins de deux heures d’échange, il subsiste peut-être plus de questionnements que de réponses à ce phénomène récent. Dans un fonctionnement qui se veut décentralisé, faut-il instaurer un mode de gouvernance horizontal ? Comment plaider une démocratisation d’accès à ces contenus face à la fracture numérique ?  

Les possibilités qu’offrent la blockchain restent aussi infinies que ses modalités sont à définir.